Vendredi 25 novembre 2005
Bah oui, c'est mon tour aujourd'hui...

Gatô d'anniversaire
Par Paléonora - Publié dans : Darnes de vie
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Samedi 15 octobre 2005

Il est 9 heures du soir. Je me laisse porter par les escaliers mécaniques qui me hissent jusqu'au hall de la gare de Lyon-Perrache quand j'entends des cris sur ma droite : ils proviennent des fenêtres de la prison Saint-Paul, à une centaine de mètres de là. C'est l'une des plus "belles" prisons de l'Hexagone : vétuste, insalubre, surpeuplée comme toutes les prisons françaises, elle a été dénoncée par plusieurs rapports dont ceux de l'Assemblée Nationale, du Comité européen pour la prévention de la torture et du Conseil de l'Europe, excusez du peu. Pour l'heure, ce sont les prisonniers qui se font entendre : appuyés contre les barreaux de leur cellule, ils hurlent des paroles incompréhensibles en direction des passants qui vont et viennent un peu plus loin dans la rue, vers cette liberté qu'ils ont, pour une raison ou pour une autre, perdue pour quelques mois ou pour plusieurs années. Je les vois très bien d'où je suis, je distingue parfaitement le contour de ces ombres sans visage qui se détachent sur le carré lumineux des fenêtres de la façade, comme autant de figures anonymes et étrangement immobiles. Il y en a un dont les bras écartés se collent aux barreaux tandis que son pied droit prend appui sur le rebord de la fenêtre, comme un escaladeur en pleine ascension. Deux cellules plus loin, au même étage, deux ombres se tiennent debout côté à côte dans l'encadrement, appuyées contre les barreaux que l'une des deux empoigne comme pour les arracher. Un peu plus bas, c'est un homme seul qui est accoudé au rebord de sa fenêtre et qui regarde au dehors.

J'ignore la raison pour laquelle ils sont ici et je préfère imaginer qu'elle est légitime (je sais pourtant que le tiers des détenus de la prison Saint-Paul sont "en préventive"...), mais je me demande ce que l'on peut ressentir à regarder ainsi la vie se dérouler de l'autre côté des barreaux d'une prison. Depuis la fenêtre de leur cellule, les prisonniers peuvent voir non seulement la rue, mais aussi la gare et les voies ferrées qui longent la maison d'arrêt, ils voient les trains qui arrivent, qui s'arrêtent et qui repartent vers d'autres destinations, des foules de voyageurs qui descendent des TER et qui montent dans des TGV, parfois des wagons de trains internationaux aux couleurs des CFF (Suisse), des FS (Italie) ou de la Deutsche Bahn. Quel meilleur symbole de la liberté que les mouvements du chemin de fer ? Au Havre, où la prison se trouve également en pleine ville et d'où les mêmes cris se font entendre à la nuit tombée, les prisonniers ne peuvent voir que le ciel, le reste leur est caché par un paravent ; je ne sais pas si c'est vraiment mieux. Je ne ressens aucune culpabilité à jouir de ma liberté face à ces hommes qui en sont privés, je n'ai pas de raison d'en avoir d'ailleurs, mais je dois avouer que ces dizaines d'ombres anonymes qui hurlent derrière leurs barreaux forment un tableau aussi saisissant qu'inattendu au détour de la banale remontée d'un escalier mécanique, et laissent le passant plutôt mal à l'aise, tandis qu'il poursuit son propre chemin...

Par Paléonora - Publié dans : Darnes de vie
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Mercredi 31 août 2005

Une affiche a envahi les stations de métro et le derrière des bus depuis quelques semaines : elle est de couleur rouge vif, on y voit sur la droite Monica Bellucci, dont le sous-vêtement du même rouge se confond avec la couleur du fond, et sur la gauche on lit cette question, écrite en gros : "Combien tu m'aimes ?". Tout en bas, une inscription en plus petit, "sortie au cinéma le 26 Octobre", nous permet de comprendre qu'il s'agit de l'annonce d'un film. C'est la seule chose qui nous l'indique, d'ailleurs, car cette affiche ne donne aucune autre espèce information : on ne sait pas qui est le producteur, le réalisateur, qui sont les acteurs, ni même quel est le titre du film (est-on sûr que ce soit la phrase écrite en gros ?). La seule chose à peu près certaine, c'est que l'un des personnages (sans doute le personnage principal) sera joué par Monica Bellucci qui en constitue clairement le produit d'appel. En gros, sur la moitié droite de l'affiche, pose la belle Italienne, dont la combinaison rouge souligne les courbes généreuses tandis que son regard est dirigé droit devant elle, et à côté d'elle cette question, qui semble s'adresser directement au passant : combien tu m'aimes ? Combien de temps et d'argent es-tu prêt à dépenser pour venir admirer mon corps sur un écran ? C'est presqu'un défi : je suis là, je joue dans le film, et toi tu affirmes que tu m'aimes, viendras-tu me voir ? En italien (on peut aussi supposer qu'il s'agit d'un film italien), cela donnerait "quanto mi ami ?", une phrase tout à fait correcte, contrairement à sa traduction française, et qui signifierait plutôt "à quel point m'aimes-tu ?", ce qui revient au même ici. Et inutile de préciser que cette question s'adresse avant tout aux hommes, destinataires principaux d'un fantasme soigneusement construit par Monica Bellucci elle-même. Les producteurs sont-ils donc tellement sûrs que l'actrice italienne assurera à elle toute seule le succès du film, qu'ils n'éprouvent même pas le besoin d'en faire aussi de la pub auprès des femmes ? A moins que ce soit justement un moyen d'exciter leur curiosité et leur jalousie : pourquoi les hommes (mon homme) l'aiment-ils, qu'a-t-elle de plus que moi, que me manque-t-il pour exciter moi aussi leurs (ses) fantasmes ? Le défi est lancé : combien, hommes et femmes, vont y répondre ?

Eh bien pas moi, déjà, du moins pour l'instant. Un film qui me propose comme principal argument la beauté froide de Monica Bellucci, piètre actrice qui n'a pas grand-chose d'autre à proposer que les formes de son corps et l'élégance de sa silhouette, ne m'intéresse pas. Le peu d'information que recèle volontairement cette affiche, probablement dans le but d'exciter la curiosité des gens et de les pousser à en chercher d'autres sur internet (un peu de marketing viral ?) est une ficelle trop grosse pour que j'aie envie de la saisir. Peut-être s'agit-il réellement d'un bon film, de l'œuvre d'un grand réalisateur, jouée par d'excellents acteurs dont je ne rate d'habitude aucune prestation, auquel cas j'irai sûrement le voir, pour finir. Mais je n'aime pas cette manière rudimentaire et facile de m'attirer au cinéma, cette façon de poser Monica Bellucci en tête de gondole, une étiquette "offre d'essai" collée sur le front. Je sais bien qu'aujourd'hui c'est la règle, que les conditions de promotion d'un film se négocient à prix d'or auprès des stars et des distributeurs. Je me doute aussi que le côté provocant de l'affiche doit avoir un rapport avec l'histoire racontée par le film. Mais faire de la promo, présenter un échantillon de son produit pour attirer le public, cela signifie généralement montrer ce que l'on a de mieux : si Monica Bellucci est ce que les producteurs de ce film ont de mieux à montrer, euh...

Mais à bien y réfléchir, cette affiche a peut-être bien atteint son but, finalement : je dois avouer que je suis assez curieuse d'en savoir plus...

 
Par Paléonora - Publié dans : Darnes de vie
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Lundi 8 août 2005

    Je vais pour acheter la baguette de mon petit déjeuner, ce matin, quand j'aperçois un peu plus loin un type un peu bizarre en train de traverser la rue. Il m'a vue lui aussi et s'est arrêté ; comme je sens gros comme une maison qu'il va m'aborder, je presse le pas en regardant droit devant moi mais peine perdue : je m'apprête à tourner le coin de la rue quand j'entends dans mon dos "Mademoiselle, s'il vous plaît…"

    Je pourrais faire la sourde oreille et continuer mon chemin, mais comme ce genre d'aventure m'horripile autant qu'elle m'arrive, je me retourne vers le bonhomme, excédée et sur la défensive, m'attendant à ce qu'il me demande l'heure, une cigarette, ou je ne sais quel autre prétexte à deux balles destiné simplement à m'arrêter. "Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous agresser..." commence-t-il devant mon air franchement hostile. Puis il m'explique qu'il n'a que 80 centimes en poche, et qu'il lui manque un peu moins de trois euros pour payer sa prochaine nuit dans un foyer de Sans-abri du quartier, que je connais pour être allée y donner un coup de main lors du réveillon de l'an 2000. Scénario classique qui arrive malheureusement tous les jours, mais pour une fois je décide de laisser mon égoïsme ordinaire au placard et je lui réponds que je n'ai pas de monnaie, mais que j'en aurai dès que j'aurai acheté mon pain, s'il veut bien m'accompagner. Sur le chemin de la boulangerie, il me raconte sa situation : il a 47 ans, il a commencé à travailler à 16 ans comme ouvrier informaticien avant de se retrouver au chômage il y a deux ans, et de finir par perdre son appartement il y a quelques mois. Il s'est lancé dans l'informatique dans les années 70 parce qu'à l'époque tout le monde disait que c'était l'avenir, mais aujourd'hui le secteur est complètement bouché et quand il se présente à un entretien, on lui fait comprendre qu'il est trop vieux. Il a du mal à comprendre comment une société aussi évoluée que la nôtre peut accepter que des gens ayant travaillé toute leur vie puissent se retrouver dans la rue, mais il s'estime quand même chanceux : il a réussi à décrocher un boulot à partir de la rentrée prochaine, il va faire de l'initiation à l'informatique dans le collège où j'ai moi-même été élève. J'imagine la tête des parents de ce quartier bourgeois s'ils venaient à apprendre, le jour de la rentrée, que le prof d'informatique de leur enfant vit dans la rue... A la boulangerie, j'achète ma baguette, je lui offre un pain au raisin parce qu'il n'a pas déjeuné, et je lui donne trois malheureux euros pour qu'il ne passe pas la nuit dehors (on a beau être au mois d'août et il a beau faire 25°, ce n'est agréable pour personne de dormir dans la rue) avant de lui souhaiter sincèrement bonne chance, en espérant au-dedans de moi que les gosses de riche auxquels il aura à faire ne lui renverront pas à la figure sa différence, qu'ils percevront forcément.

    Echantillon d'une journée banale, illustration ordinaire de notre (mon) égoïsme ordinaire. Considérer combien, derrière toutes mes bonnes intentions, je n'aime pas plus être dérangée que les autres et constater que, comme tout le monde, je préfère toujours fermer les yeux et les oreilles sur mon confort plutôt que d'accepter de voir la misère et la solitude - tout cela n'a pourtant gâché en rien mes tartines de pain frais ni mon café, pas plus que le reste de ma journée, d'ailleurs, ni ma soirée entre amis autour d'un verre. Une larme essuyée, quelques euros laissés dans une main tendue et puis on passe vite à autre chose - j'y pense et puis j'oublie...

Par Paléonora - Publié dans : Darnes de vie
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Vendredi 5 août 2005
Voici venu l'été, la saison privilégiée pour entreprendre rénovations et travaux.

Comme je commençais à me sentir vraiment à l'étroit dans la première version de mon site perso, rédigée au format HTML et absolument pas pratique à mettre à jour, j'ai décidé de migrer vers un blog au format PHP, beaucoup plus souple et mieux adapté à mon bavardage naturel... ;-)

A terme, vous retrouverez bien sûr ici tous les articles et autres dossiers (encore) présents dans la première version, mais je crois qu'il faudra quand même vous montrer un petit peu patients...
Par Paléonora - Publié dans : Extra frais
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